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Du bon usage des classements

Impact des classements

Le succès des classements est le "symptôme de la concurrence croissante que se livrent les systèmes et établissements d’enseignement supérieur", notait le sénateur Joël Bourdin dans un rapport consacré à ce sujet. En moins de trente ans, le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur a considérablement augmenté et leur mobilité nationale comme internationale s'est renforcée. Conséquence : les écoles se livrent désormais une concurrence féroce pour attirer les meilleurs profils d'étudiants, mais aussi de professeurs et de chercheurs.

Les établissements, même s'ils se défendent d'adapter leur pédagogie en fonction des classements, sont bien obligés de constater qu'ils ne peuvent plus se permettre de ne pas y participer. Les classements sont devenus un élément essentiel de développement de la "marque" de l'établissement et donc de son attractivité et de sa sélectivité.

Classements et recruteurs

Dans l'entreprise il semble pourtant que les recruteurs ne prêtent pas autant d'importance aux classements que semblent le croire les élèves. Selon une enquête réalisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) en 2010*, auprès des recruteurs d'étudiants issus d'écoles de commerce, les classements n'influenceraient pas leur manière de recruter.

Selon cette enquête, si 66 % des recruteurs lisent les classements qu'ils ont notamment l'opportunité de trouver dans la presse, ils ne sont que 10,5% à les consulter spécifiquement et 5% à les utiliser pour établir leurs propres classement d'écoles, majoritairement parmi les DRH d'entreprises de plus de 2000 salariés.

Les classements se révèlent trop généralistes pour les recruteurs, qui n'auront par exemple que faire du critère "internationalisation" de l'établissement s'ils recherchent des spécialistes d'un pays particulier. Les professionnels du recrutement, qui recherchent davantage des données sur les spécificités des établissements et sur leurs performances sur le temps long se fieront donc davantage aux anciens d'une école ou à des rencontres et partenariats avec l'établissement pour juger de sa valeur. Pour eux, les classements peuvent néanmoins donner un indice sur la sélectivité des écoles les mieux notées.

*Évaluation des classements des écoles de commerces. Les DRH. Infraforces.

Classements : attention à la méthodologie

Il serait illusoire de croire que la valeur réelle et les particularités d'une école peuvent s'observer à partir des seuls classements. Une lecture "scientifique" des classements est généralement impossible, néanmoins pour l'ensemble d'entre eux il est nécessaire de se pencher au moins sur quatre éléments : les critères et les indicateurs retenus pour l'élaboration du classement, le mode de collecte des données et la pondération accordée à chaque indicateur.

Les critères : les réalisateurs d'un classement définissent son périmètre en établissant des critères. Par exemple, pour un classement sur les masters en management, un des critères pourra être de prendre en compte seulement les écoles ayant une accréditation EQUIS, ou encore uniquement les programmes justifiant d'au moins trois années d'ancienneté

Les indicateurs : ce sont les données retenues par les réalisateurs du classement, à l'aune desquelles seront évalués les établissements et les formations. Les indicateurs peuvent être de toutes sortes, même si certains se retrouvent plus fréquemment : taux de sélectivité des étudiants d'un établissement, dépenses pour la recherche, nombre de publications des chercheurs, salaire de départ des nouveaux diplômés…

La collecte des données : le mode de collecte des données permet souvent de juger de la valeur d'un classement. L'indicateur "réputation auprès des recruteurs" aura ainsi une acceptation différente en fonction de la taille de l'échantillon interrogé ou de sa représentativité. Les données peuvent aussi être objectives et accessibles par tous (par exemple le nombre de prix Nobel pour une université) ou reposer sur un questionnaire déclaratif rempli par les établissements, avec ou sans vérification de suivi par les réalisateurs du classement.

La pondération : c'est le poids qui sera accordé à chaque indicateur pour la note finale. Les auteurs d'un classement souhaitant mettre en valeur l'insertion professionnelle des diplômés d'une formation pourront par exemple, sur un total de 100%, définir un poids de 50% pour la réputation auprès des recruteurs, de 40% pour le premier salaire des diplômés et de seulement 10% pour la recherche. Un changement dans la pondération des indicateurs entraine donc d'importants changements dans le rang des objets classés.

Les classements internationaux

Les classements internationaux consacrés à l'enseignement supérieur, qui disposent souvent de moyens importants, sont suivis avec attention par les acteurs de l'enseignement supérieur français. Ils sont néanmoins plutôt méconnus du grand public. Parmi les principaux :

Le classement de Shanghaï (ou ARWU) www.arwu.org : le plus célèbre et le plus décrié, il est publié chaque année par l’université Jiao Tong de Shanghaï. Il ne concerne que la recherche et s'appuie uniquement sur des données accessibles à tous (nombre de prix Nobel et de médailles Fields, nombre d’articles de référence au niveau international...).

Les différents classements du cabinet Quacquarelli Symonds (QS) www.topuniversities.com : chaque année QS publie son classement des 200 meilleures universités mondiales et 5 classements par disciplines (sciences de la vie, ingénierie et technologie, sciences et management, sciences naturelles et arts et humanités). Indicateurs : recherche, avis des recruteurs, avis des pairs et internationalisation

Les classements du Financial Times http://rankings.ft.com/businessschoolrankings/rankings : Le FT publie chaque année des classements mondiaux consacrés aux enseignements de gestions : MBA, Executive MBA, formation continue, Masters en management européens et meilleures business schools européennes.
Indicateurs principaux : salaire et progression de carrière (poids de 50% pour le classement EMBA), recherche, internationalisation

Le classement mondial du Time Higher Education (THE) : il accorde davantage de poids à la recherche que son désormais concurrent QS et s'appuie sur 13 indicateurs différents. A noter : le THE publie depuis 2011 un classement des établissements d'après leur réputation auprès des universitaires.

Le "classement international professionnel des établissements d'enseignement supérieur" de l’Ecole des Mines de Paris : il ne repose que sur un indicateur unique, le nombre d’anciens étudiants figurant parmi les dirigeants exécutifs des 500 plus grandes entreprises mondiales par le chiffre d’affaires. Les classements nationaux

En France, la majorité des classements consacrés à l'enseignement supérieur émanent de la presse magazine généraliste ou spécialisée et de quelques sites internet. La plupart sont consacrés aux écoles de commerce et d'ingénieurs et/ ou à leurs formations. Ces établissements recrutent plus souvent que les universités leurs étudiants à un niveau national et sont surtout beaucoup plus aisés à comparer entre eux.

Les universités, hors du critère de la recherche, s'avèrent très difficiles à comparer entre elles, tant les spécialités et les formations peuvent être hétérogènes entre deux établissements et même au sein d'une même université. Quelques classements, comme celui du magazine Liaisons Sociales sur les formations RH, prennent néanmoins en compte des cursus universitaires pour une spécialité précise.

Pas des classements, mais…

Les classements offrent l'avantage d'être lus rapidement, néanmoins d'autres initiatives d'évaluations de l'enseignement supérieur proposent une lecture plus subtile. En voici trois parmi d'autres :

Les statistiques du SIGEM (Système d'Intégration aux Grandes Écoles de Management) : depuis 2001, la procédure SIGEM centralise les vœux des candidats des 38 écoles de commerce françaises des épreuves écrites de la BCE (Banque commune d'épreuves) et d'Ecricome. Le site indépendant http://bloom6.free.fr publie les statistiques découlant des choix d'affectation des candidats, et propose notamment pour chaque école des tableaux montrant l'évolution de sa sélectivité et de son attractivité.

Les rapports d'évaluation de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) : depuis 2007, cette agence publique "note" les universités et organismes de recherche publique et leurs formations. Sur son site www.aeres-evaluation.fr l'agence publie ses rapports détaillés d'évaluations consacrées aux unités de recherche, aux formations (Licences, Masters, Ecoles doctorales) et aux établissements.

Le classement européen U-Multirank : lancé à l'initiative de la Commission Européenne, U-Multirank est un projet de classement multidimensionnel interactif de l'enseignement supérieur européen. Inspiré du classement allemand du CHE (Centrum für Hochschulentwicklung) il est en phase de développement et devrait publier ses premiers résultats fin 2011. U-Multirank est conçu comme une aide au choix d'un établissement pour les étudiants européens, leur permettant de mettre en avant certains critères selon leurs préférences.

Le GREPJeudi 23 Juin 2011