Chaque année, de nouveaux forums de recrutements sont organisés sur les campus universitaires et dans les écoles. Ces rencontres sont l'occasion de recruter "à la source" les étudiants qui seront les talents de demain
CV, lettre de motivation, veste et chemise pour la présentation, les étudiants sont prêts à "draguer" du recruteur. Objectif : signer des contrats de stages, voire d'embauche. "Les jeunes ont l'air stressé et veulent faire bonne impression mais en fait, ce sont nous qui avons le plus besoin d'eux", avoue Julien Collet, chargé du recrutement pour une société spécialisé dans le webmarketing de la région parisienne. Ce sont plus de 150 entreprises qui sont venus à la rencontre des étudiants pour cette première édition du speed-meeting de la faculté francilienne. "Et vu le retour des recruteurs, nous en aurons beaucoup plus l'an prochain", se félicite Julie Bidiet, chargée des relations formation emploi à l'université de Cergy.
Ces événements sont effectivement l'occasion pour les professionnels d'apprendre à mieux connaître les étudiants, "un besoin urgent car nous avons de plus en plus de mal à trouver les profils dont nous avons besoin", affirme Cédric Voix, chargé de recrutement chez l'Oréal. Face au problème, les entreprises ont donc décidé de se rendre directement sur les campus à la découverte de leurs futurs collaborateurs.
"Passer une annonce, c'est bien mais ce n'est ni très qualitatif, ni très sélectif. On ne peut plus rester assis à attendre que les candidats viennent frapper à la porte", prévient Jérôme Dangris, patron d'une PME spécialisée dans l'édition numérique. Le groupe bancaire, BNP Paribas, semble du même avis. Il passe donc à l'offensive et participe à plus d'une centaine de ces rencontres sur les campus chaque année. En 2009, sur leurs 3000 embauches en CDI, 5% ont résulté de cet investissement sur les relations écoles.
Les étudiants sont repérés de plus en plus tôt par les recruteurs. Les forums organisés au sein des écoles et des universités aboutissent souvent sur la signature de contrats de stages ou d'embauche. "Les stages sont un bon moyen de tester les compétences et débouchent souvent sur une embauche", assure Claire Sottel, chargée de recrutement pour la BNP. Pour la banque, le taux d'intégration des stagiaires est d'environ 30% pour environ 1600 stages de fin d'études par an. A l'université, les étudiants en licence professionnelle, diplôme bien connu et adapté au besoin des entreprises, "sont de plus en plus embauchés avant même leur sortie de diplôme", remarque Anne Bonnefoy, responsable relations entreprise à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne.
Ces forums sont également adaptés aux exigences des étudiants. L'agence Quatre Vents, spécialisée en conseil et marketing RH, a publié en juillet dernier une étude montrant que 52 % des jeunes diplômés préfèrent plébisciter les échanges de proximité avec les entreprises pour choisir leur futur emploi. "Lors d'un forum, les entreprises diffusent leurs offres de stages et d'emplois mais en profitent également pour mieux communiquer sur leur métiers", confirme Thierry Vittoz, responsable des relations avec les entreprises et les particuliers pour l'Université Jean Moulin Lyon 3.
La rencontre physique change également les règles. "Face à face avec le candidat, on juge la personne et non le CV !", explique Claire Sottel. Ainsi, certains étudiants se révèlent avoir une appétence pour le commerce alors que rien dans leur formation ne pouvait l'indiquer.
Un dernier argument explique le rapprochement entre les entreprises et les établissements d'enseignement supérieur. Les sociétés semblent vouloir diversifier leur recrutement : "On ressent un besoin de brassage culturel. Elles veulent arrêter avec le clonage qui découlait du recrutement systématique dans les deux-trois mêmes écoles. Elles s'ouvrent donc aux autres établissements afin de mieux les connaître", explique Philippe Devinant de Polytech'Orléans.
Preuve de cette volonté d'ouverture, les universités, réputées trop éloignées des entreprises, sont aujourd'hui les plus actives en terme de nouveaux partenariats et de forums de recrutement. "Nous avons un gros retard à rattraper mais les résultats commencent à apparaître. Etudiants et professionnels y gagneront tous les deux à apprendre à mieux se connaître", affirme Anne Bonnefoy de l'université Jean Monnet.
"J'étais loin d'imaginer que j'allais trouver mon futur job en me rendant ce jour-là à la conférence sur les métiers du nucléaire organisée par Areva. Ce fut passionnant. A la fin, je suis allé à la rencontre de l'ingénieur pour lui poser des questions plus précises. Très sympa, le courant est passé et on s'est échangé nos mails. Un jour, il m'a dit que je pourrai passer le voir si ça m'intéressait. J'ai sauté sur l'occasion ! Il avait prévenu les recruteurs du groupe de ma venue. Un responsable m'attendait et à la fin de ma visite, il m'a proposé de revenir pour signer un CDD. Je ne m'y attendais pas mais je n'ai pas trop hésité. Je savais maintenant que le poste correspondait à ce que je voulais faire"
