Cela fera bientôt 30 ans que l'Agence nationale de la recherche technique aura lancé la Convention industrielle de formation par la recherche ou CIFRE. L'objectif : faire travailler les jeunes doctorants avec les entreprises. Une vaste entreprise qui se heurte parfois à un mur d'incompréhension entre les deux univers.
Trop "éloignés des réalités économiques", les thésards sont souvent considérés comme d'éternels étudiants incapables de comprendre "les contraintes de l'entreprise". Mais depuis quelques années, les mentalités changent.
"Le traité de Lisbonne a donné le 'La' en entamant un virage européen vers l’économie de la connaissance qui met l’accent sur la recherche", analyse Martine Pretceille, directrice d'Intelli'Agence, qui promeut la formation par la recherche dans le monde socio-économique et aide à l'insertion professionnelle des jeunes docteurs.
A l'étranger, les docteurs sont considérés comme les cerveaux les plus innovants du marché et l'internationalisation de l'économie française a ouvert les yeux des entreprises.
Elles sont d'ailleurs de plus en plus nombreuses à embaucher des CIFRE. En 2010, ce sont près de 1 500 conventions qui ont été signées, soit une hausse de plus de 20 % en un an.
Les témoignages positifs de chefs d'entreprises concernant ce dispositif se multiplient. Seules 14 % des thèses débouchent sur le dépôt d'un brevet mais plus de 80 % des entreprises déclarent bénéficier de retombées industrielles effectivesselon le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Joris Fedor, fondateur de Sensor Systems, a pleinement profité du dispositif : "Notre société est toute jeune et nous n'avions pas les moyens d'avoir une cellule R&D. En signant une CIFRE pour embaucher Florent (le thésard), nous avons profité des talents d'un futur docteur pour la modique somme de 10 000 euros par an car l'ANRT nous a subventionné à hauteur 14 000 euros. Et pourtant, il a profondément changé notre stratégie et nous a permis de dénicher des marchés de niches insoupçonnés". Ainsi, l'entreprise y trouve son compte mais le doctorant touche également un salaire très correct pour poursuivre sa thèse.
Et le dispositif débouche sur de véritables résultats car selon la dernière étude de l'ANRT, 50 % des thésards CIFRE qui entreprennent une carrière industrielle sont embauchés par leur entreprise d'accueil. C'est le début d'une véritable révolution dans les relations entre les docteurs et le monde économique privé.
Pour autant, la partie est loin d’être gagnée. Les jeunes doctorants se tournent encore majoritairement vers le secteur public et les grands organismes tels que le CNRS ou l’INRIA, faute de débouchés dans le privé.
"Les entreprises ont encore du mal à déterminer les compétences associées au doctorat. Elles ont juste besoin de comprendre le contenu des formations. Encore une fois, l’université va devoir apprendre à communiquer", avance Martine Pretceille.