Le 3 novembre à l'Université Paris-Dauphine, dans la grande salle Raymond Aaron, étudiants, professeurs et journalistes étaient rassemblés pour écouter la leçon inaugurale de la nouvelle Chaire Géopolitique, prononcée par Alexandre Adler.
Aux côtés la Caisse des Dépôts, les partenaires de la chaire, le Crédit Agricole et France Télécom, étaient représentés par leurs PDG respectifs. S'appuyant sur quelques notes jetées sur des papiers froissés, René Carron et Didier Lombard se prêteront même à l'exercice imposé : une mini dissertation sur le thème "Crise et entreprises sans frontières : quel pouvoir pour les Etats ?". Seul un sifflement de micro sera venu perturber la cérémonie parfaitement orchestrée. L'essence même de la chaire était représentée : corps professoral prestigieux et entreprises impliquées au plus haut niveau pour réfléchir à un problème commun. Alors l'enseignement et l'entreprise unis au sein d'une chaire : idylle ou esbroufe?
Ces chaires privées ou chaires d'entreprises, partenariat entre l'enseignement supérieur et les acteurs du monde économique, ne sont pas nouvelles. Dès 1986, l'Essec était pionnière avec une chaire dédiée aux produits de grande consommation. En 1992, la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) lançait trois chaires de recherche en économie du risque et de l'assurance à Toulouse et à Paris. Elles se sont multipliées ces dernières années, au rythme parfois d'une nouvelle par semaine. Inspirées du système anglo-saxon, les chaires à la française sont en général différentes, comme le note Stéphane Saussier, directeur scientifique de la chaire Economie des Partenariats Public-Privé (EPPP) de l'IAE Paris : "A l’étranger, une chaire désigne un investissement privé permettant de rémunérer à plein temps un poste dans le public, généralement un professeur, pour un poste à vie ". Ce type de chaires est très rare en France, où le terme désigne plutôt un financement de l'entreprise dans l'enseignement supérieur, sous forme de mécénat, afin de développer recherche ou formation.
Les créations de chaires se succèdent et ne se ressemblent pas. "C’est un mécanisme très souple", note Aline de Salinelles, directrice des chaires de l’université Paris Dauphine. La demande peut venir d'un établissement d'enseignement supérieur ou d'un de ses laboratoires, souhaitant développer un axe de recherche ou d'enseignement, qui partent alors en quête de financement. Une ou plusieurs entreprises pourront également chercher à créer une formation particulière ou un processus de recherche dans leur domaine. C'est parfois simplement le fruit d'une relation privilégiée entre des professeurs et des chefs d'entreprises.