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Un levier pour booster la recherche universitaire

Pour les écoles et les universités, la création de chaires privées et de recherche est devenue un véritable enjeu stratégique. C'est l'occasion de récolter des financements supplémentaires et de briller sur la scène scientifique.

Mais qu'est-ce qui poussent les établissements d'enseignement supérieur à s'enticher ainsi des entreprises, au point de fixer leur futur nombre de chaires dans leurs objectifs stratégiques? L'université Paris Dauphine ne prévoit ainsi pas moins de 10 chaires en fonctionnement d'ici 2010.

Soyons clair : la première motivation est financière. Une chaire demande de la part des entreprises un engagement de 200 000 à 350 000€ par an sur une durée de trois à cinq ans. "Les chaires apportent d'autres sources de financement pour l'établissement, c'est la forme la plus élevée de la coopération école-entreprise" explique Michel Bacou, directeur des relations entreprises de l'Ecole des Mines de Nantes, qui ajoute que "contrairement à un contrat de recherche, la chaire permet de recruter des chercheurs qui en plus enseigneront". Pour Aline de Salinelles, cet apport financier permet à Dauphine de recruter des professeurs prestigieux, tel Alexandre Adler, et donne également "les moyens pour travailler sur de nouvelles thématiques, sur des sujets qui autrement ne seraient pas traités si profondément".

Un terrain de recherche

"Dans le cadre de la chaire EPPP, nous avons un accès privilégié à des données à un très haut niveau" s'enthousiasme Stéphane Saussier, "c'est une contrepartie très importante pour nous". Les étudiants et les chercheurs trouvent en effet de précieux terrains de recherche auprès de l'entreprise dans le cadre de ces partenariats.

La Chaire Renault-Polytechnique-HEC "Management multiculturel et Performances de l'entreprise" permet à ses étudiants d'effectuer des stages en France, au Japon et en Inde. Rappelons que Renault a pris une très forte dimension internationale suite à son alliance avec le japonais Nissan en 1999, une présence planétaire qui a abouti à l'ouverture de plusieurs centres d'ingénierie dont un en Inde, "pour les étudiants et les professeurs, de superbes sujets de management sont nés de cela" appuie Hélène Mairesse, directrice adjointe de la Fondation Renault.

S'ouvrir l'un à l'autre

Obtenir des données autrement inaccessibles est une aubaine pour les chercheurs, rendue possible par le lien privilégié que crée la chaire. Cela ne se fait néanmoins pas sans difficultés.

"Nous souhaitons donner le maximum d'ouverture aux étudiants, mais il faut trouver un équilibre entre l'avancement de la recherche et la nécessité parfois de préserver des informations extrêmement confidentielles", explique ainsi Hélène Mairesse. Stéphane Saussier doit aussi convaincre les entreprises d'accéder à leurs données, même si son domaine de recherche, les études statistiques, permet de préserver un certain anonymat des informations récoltées, qui de plus se cantonneront aux revues scientifiques. "Pour convaincre les entreprises nous avons toujours signé des clauses de confidentialité très fortes, avec un droit de veto", explique le chercheur.

Une question d'image

Une chaire va valoriser l'établissement qui l'abrite. "Cela prouve que l'on est capable de convaincre des entreprises prestigieuses" explique Aline de Salinelles. Cette question d'image est importante, pour recruter professeurs, étudiants et également obtenir de nouveaux financements. En matière de chaires , les écoles se taillent la part du lion. Exception faite de Dauphine, les universités ont du retard en la matière. "L'université n'a pas forcément une bonne image auprès des entreprises" remarque Stéphane Saussier.

Côté écoles, tout le monde n'avance pas non plus avec les mêmes armes et les grandes écoles conservent leur avantage. Alors qu'HEC a déjà sept chaires , Polytechnique dix-sept, l'Ecole des Mines de Nantes n'en est qu'à ses premiers pas avec la création cette année d'une chaire dans le domaine des déchets nucléaires. "Nous sommes une jeune école, nous n'avons pas la notoriété des Mines de Paris, qui n'a pas de problèmes pour trouver des entreprises" explique Michel Bacou. La renommée des écoles a également compté pour la Fondation Renault lors de la création de sa chaire, explique Hélène Mairesse : "HEC et Polytechnique ont eu l'intelligence de faire cette proposition ensemble, elles comptent parmi les meilleures écoles de France et c'était très attirant".

Le GREPLundi 30 Mai 2011
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