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Fundraising : une petite révolution à l'université

La loi sur l'autonomie permet aux universités de lever des fonds auprès des entreprises. Une évolution majeure dans les facultés qui leur permet de se rapprocher un peu plus du privé.

Les universités françaises se sont lancées dans le fundraising à la suite des écoles, mais affrontent un handicap considérable. "Nous ne sommes pas spécialisés dans la ''production'' de dirigeants de haut niveau", résume ironiquement Régis Bello, Président de la fondation de l'Université de Strasbourg. L'UPMC rencontre les mêmes freins : "la plupart des patrons des grandes entreprises sont diplômés des grandes écoles et leur culture est de donner à leur établissement, ils ont une vrai méconnaissance de l'université et une forme de défiance", explique Yvanie Caillé, directrice des ressources partenariales de l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC). Les universités rencontrent également une opposition interne face à l'arrivée de fonds privés dans l'enseignement public. "Il y a une crispation idéologique de part et d'autre, mais nous comptons sur la preuve par l'expérience : l'efficacité de nos partenariats permettra de convaincre", argumente Yvanie Caillé.

Un autre désavantage des universités est leur absence d'alumni. "La prospection vers les anciens est très faible car nous ne possédons pas de bases de données, sauf pour nos écoles*" regrette Régis Bello, de plus "les anciens des universités ne sont pas habitués à être sollicités". La tâche est d'autant plus ardue que le profil des donateurs est celui de personnes âgées de plus de 45 ans. Les universités doivent donc entamer un long travail pour exhumer leurs fichiers, retrouver les adresses présentes de leurs anciens élèves et les recontacter. En parallèle, elles doivent développer le sentiment d'appartenance à l'établissement auprès de leurs étudiants actuels.

L'enjeu des "anciens"

L'enjeu des alumni sera déterminant pour le fundraising des universités françaises, comme des écoles. Car les entreprises, de plus en plus sollicitées pour des actions de mécénat, commencent à professionnaliser leurs dons. "Le mécénat est aujourd'hui plus réfléchi et s'est beaucoup structuré", constate Bénédicte Menanteau, Déléguée générale d'Admical (association pour le développement du mécénat industriel et commercial), "comme toutes les fondations sont sur-sollicitées, elles souhaitent construire quelque chose de bien identifié et il y a moins de place pour ce qui sort de l'ordinaire". De plus en plus, les entreprises développent une structure propre pour leur mécénat, tel le fonds Axa pour la recherche, dont les champs d'actions, comme les appels d'offres, sont strictement limités.

Pour maintenir leur stratégie propre de développement les établissements d'enseignement supérieur devront donc à l'avenir s'appuyer avant tout sur la générosité de leurs anciens. "C'est un enjeu stratégique pour l'UPMC, qui est très coûteux et ne portera ses fruits que d'ici 10 ou 15 ans, mais dont l'investissement est à réaliser dès maintenant", explique Yvanie Caillé. "A long terme la pérennité de la fondation de l'université de Strasbourg sera basée sur ses anciens", constate également Régis Bello, "c'est un travail sur la durée, mais d'ici 20 à 30 ans notre fondation fonctionnera comme celle des universités du monde entier".

* L'Université de Strasbourg, née en 2009 de la fusion des trois universités de la ville, comprend également une école de commerce, un IEP et plusieurs écoles dans les domaines des sciences et des technologies.

Le GREPLundi 30 Mai 2011
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