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Quand l'enseignement supérieur veut attirer les fonds

Universités et écoles doivent diversifier leurs ressources et se tournent vers le mécénat. Mais le fundraising, méthode employée de longue date outre-Atlantique, peut-il s'enraciner dans un contexte français ?

Dans les couloirs des universités, le mot "Fundraising" est de plus en plus prononcé. Ce terme anglais qui désigne la levée de fonds privés n'est pourtant arrivé que récemment : " A peu près dix ans", selon Marie-Stéphane Maradeix, directrice de la campagne de levées de fonds de l'Ecole Polytechnique*, "le point zéro a été l'université catholique de Lille, qui en 1995 a été la première à dérouler une méthodologie américaine de levée de fonds dans un contexte franco-français".

Si les premiers à solliciter le mécénat étaient des institutions privées, la Loi LRU encourage à leur tour les universités à diversifier leurs financements en leur permettant notamment de créer leur propre fondation.

*Marie-Stéphane Maradeix est également vice-présidente de l'Association Française des Fundraisers (AFF) et coauteur avec Nathalie Levallois-Midière de « Fundraising, Stratégies pour la recherche et l'enseignement supérieur dans les secteurs public et privé » (éd. Eyrolles)

Un besoin urgent d'argent

Le succès du phénomène trouve sa source dans la réduction des aides pour les établissements publics comme privés : "Nous sommes dans un paysage où les universités et les écoles constatent la baisse des subsides de l'Etat" décrit Arnaud Marcilhacy, consultant en fundraising du cabinet Brakeley, "même les grandes écoles ne peuvent pas augmenter indéfiniment leurs frais de scolarité, la seule option est de développer le fundraising".

Le besoin de diversifier les sources de financement est d'autant plus urgent que l'enseignement supérieur est de plus en plus concurrentiel, au niveau national, comme international. Pour Yvanie Caillé, directrice des ressources partenariales de l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC), la taille du budget des établissements est déterminant : « il y a une corrélation entre la place des universités dans les classements et le budget par étudiant », assure-t-elle « Harvard a un budget moyen de 130 000€ par étudiant, Cambridge de 80 000€, à l'UPMC il est de 22 000 !».

Le rêve américain

Les universités américaines s'appuient depuis longtemps sur le mécénat privé. "Le fundraising fait partie de la culture aux USA, cela commence dès le jardin d'enfant, où les parents sont sollicités pour financer l'institution qui accueille leur progéniture", explique Arnaud Marcilhacy. Les présidents d'universités américaines sont eux extrêmement investis dans la recherche de donateurs, "certains ne sont presque embauchés que pour cela", ironise Marie Stéphane Maradeix. Rien d'étonnant donc à ce que les campagnes de levée de fonds américaines affichent des ambitions considérables.

L'université de Stanford a par exemple lancé en 2006 une campagne sur cinq ans pour récolter 4,3 milliards de dollars. En comparaison HEC, l'une des campagnes françaises les plus ambitieuse, a vise les 100 millions d'euros entre 2008 et 2013. Les donateurs ne sont pas les mêmes non plus. Aux Etats-Unis, les dons récoltés proviennent pour 80% des alumni [les "anciens" de l'établissement, NDLR], pour 10% des entreprises et pour 10% de fondations. En France, les dons sont sollicités à 80% auprès des entreprises et 20% des alumni, même si pour les grandes écoles parisiennes la proportion passe à 50/50.

Le GREPLundi 30 Mai 2011
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