Loin d’être une simple formalité administrative, la VAE demande un grand investissement. Sa réussite dépend de l’implication de toutes les parties prenantes : le candidat, l’accompagnement et l’entreprise.
Depuis 2002, la période minimale d’activité pour entamer une VAE est de trois ans. Sur le terrain, la réalité est beaucoup plus complexe, surtout dans le supérieur. “Pour valider un master, ce n’est pas assez, prévient Aline Lebert, responsable VAE à Paris 8. Les candidats n’ont pas eu le temps de conduire un projet dans son intégralité ou de progresser vraiment dans leur poste.”
Dans les faits, plus de la moitié des candidats ont plus de 40 ans, et la moitié de leur carrière derrière eux. Pour éviter les erreurs d’aiguillage, les motivations et profils des candidats sont étudiés lors de réunion d’informations, et certains sont redirigés vers d’autres formules mieux adaptées. Seconde étape de l’écrémage : le dossier de recevabilité permet de valider les pré-requis obligatoires. Plus ou moins complet selon l’organisme certificateur, il va de la simple vérification administrative à l’étude pédagogique approfondie. Il ne doit pas être pris à la légère car il permet d’établir un premier diagnostic qui peut, en cas de rejet, faire gagner du temps, et de l’argent, à tout le monde.
Une fois les sélections passées avec succès, le candidat peut se lancer dans la rédaction de son dossier. L’étape la plus importante mais aussi la plus compliquée. Elle nécessite de se replonger dans ses réalisations passées, d’analyser ses réussites mais aussi ses échecs. En clair de transformer sur le papier son expérience en compétences. “Plus de 80 % de la réussite dépend de la qualité des écrits, explique Jean Hoyaux, Créateur du site VAE Guide Pratique. Finesse de la pensée et maîtrise de la langue sont des incontournables. Mais le candidat doit aussi chasser l’implicite. Le jury n’a pas à deviner le candidat.” Une maïeutique difficile, surtout pour les profils les moins à l’aise avec l’écrit, qui s’étend sur une période de quelques mois à deux ans.
Devant l’ampleur et la durée de la tâche, les déperditions sont fréquentes. Le suivi régulier par un consultant spécialisé permet alors de pallier les moments de découragement et, sur un plan pédagogique, d’aider à l’avancée de la réflexion en pointant les zones d’ombres et les incohérences. “Chaque candidat bénéficie d’une prise en charge axée sur la motivation et la formulation du dossier, détaille Anne Gazengel, de l’ESCP-Europe. De plus, un professeur expert l’aide à monter le dossier de preuve avant le passage devant le jury. Résultat : sur 50 candidats, nous n’avons eu aucune perte.” Le soutien de l’entreprise, par des facilités d’emploi du temps voire l’organisation de la démarche d’accompagnement, sont également déterminants comme en témoigne Michel Thoulouze, de i4 Formation conseil : “En solo, les candidats affichent un taux de 60 à 70 % d’abandon. Si le salarié est soutenu par son entreprise, le taux tombe à 30 %.”
Si le parcours est dur, le verdict l’est encore plus. Surtout en cas d’échec qui peut totalement déstabiliser un professionnel et le faire douter de ses compétences. Pour l’éviter, la qualité du travail de préparation est extrêmement importante. Le choix du titre ou du diplôme est aussi déterminant. Rien ne sert de viser trop haut, mieux vaut viser juste. Et si, au cours de la validation, les défaillances se font jour, il est préférable d’anticiper en évoquant rapidement la possibilité de la validation partielle avec le candidat. Et lui présenter les alternatives possibles, (parcours de formation complémentaire, représentation ultérieure devant le jury…) pour dédramatiser la situation. Parce qu’après tout, le jeu de la VAE implique que les candidats restent lucides sur leur parcours.