Les opinions sur le DIF sont très contrastées, à tel point qu’on ne sait pas vraiment où placer le curseur, entre la "montagne qui a accouché d’une souris" et la "révolution copernicienne de 2004" comme l'explique Jean-Michel Brunet, Consultant à la CEGOS.
Si les opinions sont contrastées sur le sujet, c’est que les pratiques des entreprises le sont aussi. En tous cas, ce qui a été mis en œuvre depuis 2004 nous renseigne sur un certain nombre d’illusions d’optiques que le DIF peut offrir à nos yeux.
J’en prendrai 3. Le premier consiste à dire qu’il faut tout mettre en œuvre pour "faire baisser les compteurs DIF". Ceci se heurte à un double constat : d’abord, tout le monde n’est pas intéressé par le DIF ; pourquoi alors faire le forcing ? … Ensuite, il faut garder à l’esprit qu’il y a une vie après 2010, l’année où, en principe, plus de 20 millions de salariés peuvent se retrouver avec 120 heures sur leur compteur ; et que les compteurs qui auront baissé entre-temps … repousseront à la vitesse de 20 heures par an ! et le problème se reposera tôt ou tard.
Nous observons par ailleurs que les entreprises, dans leur immense majorité, acceptent la quasi-totalité des demandes de DIF reçues jusqu’à ce jour ; comment réagira le corps social si tout le monde se met à réclamer l’utilisation de ses 120 heures et contraint les entreprises à avoir une politique plus sélective ? …. Les entreprises les plus avisées ont, pour cela, défini des critères précis, qui ne prêteront pas le flanc à des suspicions d’arbitraire, voire de discrimination.
C’est justement la deuxième illusion que je voulais signaler : selon l’enquête Cegos réalisée sur la question en 2006, guère plus de 2 % des salariés ont jusque là utilisé leur DIF, ou prévu de le faire dans l’année en cours. Mais, dans le même temps, plus de 30% déclarent qu’ils le feront un jour.
Pour 2 raisons essentielles ; la première est qu’ils n’ont pas assez d’heures sur leur compteur pour réaliser la formation qu’ils envisagent (oui, mais qu’en sera-t-il en 2010 ?) La seconde raison, est qu’ils n’ont pas encore déterminé la formation qu’ils voudront faire … mais quoi qu’il en soit ils considèrent que le DIF peut être une opportunité d’accéder à un niveau de qualification, donc de responsabilité, donc de salaire … plus élevé.
Notamment les salariés les moins qualifiés (ou, par exemple, les Bac+2 travaillant dans des entreprises remplies d’ingénieurs) y voient, à tort ou à raison, la possibilité d’une espèce de "seconde chance", après celle qui ne s’est pas présentée, ou qu’ils n’ont pas pu saisir, lorsqu’ils étaient dans le système scolaire. On voit donc la masse considérable d’attentes, et donc de frustration, que peut à terme engendrer le DIF.
Peut-être que la souris née de la montagne a dans ses pattes une bombe à retardement.
L’idée est très largement répandue que le fait de faire faire le DIF hors du temps de travail est économique pour l’entreprise et permet de distinguer ceux qui sont très motivés (et acceptent donc ce principe).
Le calcul économique n’est pas si simple : ainsi, il peut être plus rationnel de profiter d’une période de sous-charge chronique (ou par exemple, dans les SSII, d’inter-contrat) pour consommer le DIF … mais de le faire sur le temps de travail pour ne pas avoir à payer l’allocation de formation.
Sur la question de la motivation, il ne faut pas oublier qu’une part croissante des salariés vivent dans des familles monoparentales ou recomposées, et que tout le monde n’a pas le « loisir », si je puis dire, de consommer ses jours de congés ou de RTT pour partir en formation. Pour autant, les mêmes ont des attentes par rapport à leur entreprise et leur développement professionnel.
Encore une occasion pour rappeler que l’entreprise est très poreuse à l’évolution de la société