Diplômes conjoints, doubles diplômes, voire campus décentralisés à l'étranger. La plupart des établissements d'enseignement supérieur français, aussi modestes soient-ils, se targuent aujourd'hui d'avoir un partenariat de formation international.
Si le diplôme délocalisé reste encore méconnu, il permet à un étudiant étranger d'obtenir un diplôme d'Etat français, en effectuant la totalité de son cursus hors de l'Hexagone. La mise en place d'un tel diplôme suppose bien entendu que l'établissement français s'assure de la qualité de l'enseignement prodigué et des contenus enseignés. Il est également - en principe - subordonné à une exigence de sélection et de notation.
De multiples raisons peuvent expliquer l'ouverture d'un diplômé délocalisé à l'étranger. "En Europe de l'Est, où nous avons établi des partenariats au début des années 90, les entreprises françaises souhaitaient être accompagnées dans la formation de leurs cadres locaux. Tandis qu'en Afrique du Nord, l'intérêt pour les diplômes d'Etat français étaient de répondre à une exigence de qualité", explique ainsi Jérôme Rive, directeur de l'IAE de Lyon et vice-président des Développements internationaux du réseau des IAE.
La mise en place d'un diplôme délocalisé permet aussi de constituer un réseau avec des établissements et des personnalités de divers horizons. "Une illustration concrète est notre réseau d'anciens. Les diplômés de nos cursus délocalisés deviennent ensuite des cadres connaissant notre formation, ce qui signifie des offres potentielles de stages ou d'emplois à l'étranger", poursuit le directeur de l'IAE de Lyon.
Les diplômes délocalisés peuvent également être un moyen pour les établissements de repérer les meilleurs élèves, qui pourront ensuite poursuivre leur cursus en France. C’est enfin un élément de prestige pour l’établissement, qui affiche sa dimension internationale et participe au rayonnement de l’enseignement supérieur français dans le monde.
Il faut néanmoins se garder de tout idéalisme. La qualité de ces certifications est en effet souvent mise à mal, et les motivations mercantiles dénoncées. Certains établissements peuvent ainsi n'être que très peu impliqués dans la formation des étudiants, ou n'envoyer qu'un nombre minimal de collaborateurs enseigner ou participer aux jurys des diplômes. Les raisons de cette non-implication peuvent être multiples, allant de la mauvaise volonté à une préparation insuffisante, en passant par des choix de partenaires peu réfléchis.
La plupart des établissements sont toutefois conscients de la nécessité d’avoir une politique de qualité. "Il est nécessaire d’être vraiment vigilant sur ce type de partenariats. Nous n'ouvrons au maximum qu'un nouveau diplôme par an, notamment pour des raisons de ressources humaines internes", explique Jérôme Rive. L'IAE de Lyon exige également que plus de 50 % de ses enseignants participent à ces diplômés délocalises, et qu'ils soient majoritaires dans les jurys d'examens.
L'ouverture d'un diplôme à l'étranger exige enfin de s'assurer de la pérennité de son financement. "Nous avons souvent des soutiens de la part d’institutions, lors de la mise en place des projets. Mais il est nécessaire d’avoir un équilibre en cas de retrait", conseille le dirigeant. Aux frais d’inscriptions demandés aux étudiants peut ainsi s’ajouter le soutien des entreprises.
Pour mutualiser leurs ressources humaines et réduire leurs coûts, certains établissements français choisissent également de s’unir pour proposer un diplôme commun. Une pratique vivement encouragée lorsqu’un établissement n’a jamais développé ce type d'accord. S’adosser à des partenaires expérimentés peut ainsi permettre d’éviter bien des erreurs, car l'enjeu est de taille. "C'est une question d'image car, aujourd'hui, tout se sait très vite", conclut Jérôme Rive.
Le chiffre : 120 diplômes délocalisés sont proposés par le réseau des IAE français.
R. P., Le GREP