Le principe du Mastère Spécialisé, c'est de répondre aux besoins spécifiques d’un marché. Accrédité pour trois ans par la CGE, il est supprimé s’il ne satisfait plus la demande des entreprises. Ensuite, sa finalité fait mouche : former un cadre désireux d’acquérir une double-compétence ou une spécialisation aigüe. Et à défaut de faire du diplômé une sommité dans son pôle d’activité, le MS lui permet de lire les rapports d’audits rédigés par de réels experts et de soulever les bons problèmes.
On dénombre une quarantaine de mastères environnementaux. Les écoles d’ingénieurs couvrent 75 % de l’offre, chacune d’elles ciblant un domaine précis : la sécurité industrielle pour l’Insa, les véhicules électriques pour ParisTech, ou la construction et l’habitat durables pour l’Enam associée à l’ESTP.
Quant aux écoles de commerce et de management, elles se mettent aussi au diapason : le risque climatique pour l’ESC Toulouse, le développement innovation et marketing territorial à l’EM Normandie, ou le "Sustainable Development" pour HEC, qui se targuait de "92 % des étudiants embauchés dans les deux mois qui suivaient leur sortie", il y a deux ans.
Que ce soit pour "reverdir" l’économie, limiter les impacts polluants, ou appliquer les nouvelles obligations, les sociétés se mettent toutes au vert. Des secteurs d’activité sont toutefois plus impliqués que d’autres. L’automobile et le bâtiment sont évidemment aux premières loges, sans parler de l’industrie chimique, où les compétences en éco-toxicologie et en épidémiologie manquent cruellement en France.
Néanmoins, le commerce et la grande distribution doivent également relever un double défi : maîtriser leur consommation énergétique (transport, recyclage, emballage) et afficher la traçabilité de leurs produits.
Résultat : chargés des achats responsables, auditeurs, ingénieurs en logistique et gestion des flux sont demandés à la caisse.
Les entreprises qui se sont positionnées sur le secteur des énergies renouvelables commencent à obtenir des permis de construire. Mais les ingénieurs idéalement formés peinent à se signaler. De l’aveu des recruteurs, le chef de projet Haute Qualité Environnementale, l’expert bilan carbone, le directeur développement durable, le commercial en géothermie, ou encore le chargé des achats responsables font partie des métiers les plus recherchés.
"Les chefs de projets éoliens, éoliens off shore, photovoltaïques, biomasse sont très demandés. Il faut avoir de l’expérience, et on recherche des personnes qui ont suivi le projet de l’appel d’offre à la réalisation de l’ouvrage", confie Fatine Dallet, manager exécutif green business chez Michael Page.
En modifiant nos modes de vie, le passage à une économie soutenable réorientera en profondeur l’activité de nombreuses filières. Et plus qu’à l’apparition de nouveaux métiers, c’est à la transformation de ceux qui existent déjà que nous assisterons.
C’est ce que précise une note rédigée par le Centre d’Analyse Stratégique : "La majorité des emplois créés dans les énergies renouvelables sont des emplois non spécifiques de comptables, d’analystes informatique, d’avocats, etc. […] Pour l’essentiel, les compétences "vertes" viennent compléter des aptitudes techniques sectorielles qui demeurent essentielles aux yeux des professionnels des filières concernées et qui doivent elles-mêmes être maintenues ou renforcées. […] Ce panorama impose une évolution des formations initiales, qui doivent incorporer le développement durable plutôt que la création de nouvelles formations." Le mastère spécialisé garantissant parfaitement cette notion d’interdisciplinarité à haut niveau, voilà qu’il pourrait devenir incontournable !