Partenariats, participation aux décisions stratégiques… les entreprises sont plus proches que jamais des établissements d’enseignement supérieur. Les deux univers ont tout à gagné de ce rapprochement. Mais il est loin d’être certain qu’un jour, en France, les entreprises puissent créer leurs propres diplômes.
Obtenir un diplôme universitaire estampillé "KPMG", "Tesco", "Harrod’s" ou encore "Mac Donald's" est une possibilité offerte depuis quelques années aux étudiants d’outre-Manche. En Grande-Bretagne, les entreprises ont en effet l'opportunité de créer des programmes sponsorisés en partenariat avec les universités.
Dans la pratique, les étudiants suivent un cursus au contenu pédagogique sur-mesure, débouchant sur un diplôme d'Etat suivi en alternance entre l'université et l'entreprise. Cette dernière finance leurs frais de scolarité, leur verse un salaire et, bien sûr, leur ouvre grand les bras pour leur futur carrière professionnelle !
Une situation identique est-elle concevable en France ? Si les entreprises n'ont pas - encore ? - la possibilité de créer leur propre diplôme dans le cadre de la formation initiale, elles sont néanmoins de plus en plus présentes sur les bancs de l'école.
Les grandes écoles françaises, très proches des entreprises, n'hésitent pas ainsi à associer de grandes marques à leurs cursus. L'EDHEC, notamment, a développé ce modèle, en créant le "corporate sponsorship program", qui permet à une entreprise de sponsoriser une de ses formations. Parmi les sociétés qui se sont laissées séduire : Unilever, associée pendant un an au Msc Marketing Management de l'école, ou la Société Générale, au MSc Corporate Finance.
En tant que sponsors uniques, celles-ci ont pu organiser des conférences sur leur domaine d'activité, y envoyer des intervenants ou planifier des visites de leur siège. L'idée n'est pas si originale que cela, de nombreuses écoles proposant aujourd'hui aux entreprises de devenir partenaire d'une de leurs formations.
Les entreprises tricolores s'impliquent également dans l'élaboration de formations à vocation professionnelle. Les cursus en apprentissage sont ainsi bien souvent construits avec les branches professionnelles, quand ces dernières ne vont pas jusqu'à créer leurs propres filières.
C'est le cas, par exemple, du secteur bancaire et des entreprises du médicament, qui ont créé leurs propres CFA en vue de former des apprentis à leurs métiers. Ces élèves peuvent y préparer des diplômes nationaux, depuis le BTS jusqu'au Master professionnel.
L'investissement des entreprises dans l'élaboration des cursus ne se limite d'ailleurs pas à l'apprentissage. Les écoles veillent en effet à ce que les formations délivrées à leurs étudiants répondent aux besoins du monde économique. Les entreprises sont donc associées aux décisions stratégiques, notamment l'évolution ou la création de formations, en siégeant dans les différentes instances des établissements (conseil d'administration, conseil scientifique,…) ou en participant à leurs réunions pédagogiques.
De leur côté, les universités n'ont pas été épargnées par cette tendance. Depuis longtemps, les IAE ou les IUT ont ainsi laissé la porte ouverte aux entreprises de la même façon que les écoles. Et l'autonomie des facultés et le développement récent de licences et de masters professionnels ont amené une participation encore plus intensive du monde économique dans les cursus universitaires.
Pour autant la méfiance n'est pas encore totalement dissipée, bien au contraire. Les enseignants-chercheurs, notamment, craignent de voir ces rapprochements miner leur indépendance.Dans les universités plus qu'ailleurs, l'avenir d'un diplôme dont le contenu pédagogique sera développé spécifiquement pour une entreprise semble donc être très lointain.
Pour preuve : l'abandon de l'expérience initiée en 2008 par l'université Paris I Sorbonne et Conforama et baptisée "DM Academy". Pour former ses directeurs de magasin, l'entreprise avait en effet élaboré un programme avec l'établissement parisien, sans intervenir néanmoins sur l'élaboration des cours et sans délivrance de diplôme. Las, l'initiative avait suscité un tollé, de nombreuses voix s'opposant au "diplôme Conforama"… Le modèle britannique n'est donc pas prêt de traverser la Manche et de s'installer sur le territoire français.
Raphaëlle Pienne