Les grandes écoles proposent des formations bien connues des entreprises mais les besoins de ces dernières changent profondément. L’offre des établissements saura-t-elle s’adapter à ces nouvelles exigences ?
"Il y a dix ans, seuls les employés sans qualifications s’intéressaient à la formation continue. Aujourd’hui, c’est un outil de promotion incontournable au sein d’une société", affirme Didier Pellegrino, Directeur du département Formation continue de Grenoble INP. Le regard des entreprises sur la formation continue change. Elles l’intègrent désormais pleinement dans leur politique RH et s’impliquent à fond dans le processus : "Elles le voient comme un investissement qui doit être rentable. Nous accueillons de plus en plus de DRH aux soutenances des mémoires", raconte Anne Gazengel, Directrice générale adjointe Entreprises à ESCP-Europe.
Cet engagement plus important influence la nature même des enseignements. Les projets conduits tout au long de leur cursus par les stagiaires sont, aujourd’hui, de plus en plus liés aux intérêts de l’entreprise. "La formation est l’occasion pour le salarié de réfléchir sur de nouvelles méthodes qu’il pourra appliquer au sein de sa société", observe Anne Gazengel.
Pour l’EM Lyon, cette implication doit aller encore plus loin : "Nous tâchons d’instaurer une réelle relation tripartite : "Ecole - entreprise – candidat" où des échanges ont lieu tout au long de la formation pour pouvoir changer de direction si besoin", explique Chantal Poty, responsable des programmes Executive Education de l’école.
Pour s’assurer que le contenu des enseignements convient parfaitement à ses besoins, le mieux est encore de commander une formation sur mesure. Le phénomène n’est pas nouveau mais semble s’amplifier depuis quelques temps. Audencia, école de management nantaise, a déjà créé des BADGE (Bilan d'Aptitude Délivré par les Grandes Ecoles) sur mesure pour de grands groupes comme le Crédit Agricole, Leclerc ou encore la Société Générale. Elle a même monté un MBA à la demande : "C’est une vraie tendance qui émerge chez les grands groupes car leur pyramide des âges est vieillissante. Ils sont donc obligés de faire rapidement évoluer les jeunes recrues", analyse Laurence Crespel, responsable de la formation continue de l’école.
Si les entreprises sont tellement exigeantes, c’est également car il est couteux de se séparer d’un salarié pendant une longue période même si le gain de compétences est important. Les grandes écoles s’échinent donc à rendre leurs programmes plus flexibles : "Pour rendre la formation continue plus attractive, on offre la possibilité d’étaler les stages sur trois ans contre 20 mois auparavant", explique André-Georges Clep, directeur du Cesi, spécialisée dans la formation d’ingénieurs. Les écoles de management font depuis longtemps en sorte que leurs programmes type MBA ou Mastère Part Time soient décalés sur les week-ends mais "depuis peu, on réfléchit même à organiser les programmes courts hors du temps de travail", affirme Anne Gazengel de l’ESCP Europe.
Plus de souplesse dans les horaires mais aussi dans la pédagogie. "Les jeunes managers sont habitués à faire mille choses en même temps. Si on ne varie pas les méthodes, ils zappent !", soutient Laurence Crespel d’Audencia. Alors fini les cours magistraux pendant plusieurs heures dans une salle face à un intervenant. Les forums de discussions s’enchainent aux business case en groupe entrecoupés de jeux de simulation en ligne. Une journée de formation ne doit pas ressembler à une autre et tenir les stagiaires en haleine, les impliquer pleinement sur des cas concrets. Des méthodes résolument modernes pour des grandes écoles qui suivent de près un monde de l’entreprise en perpétuel évolution.
35 ans, c’est la moyenne d’âge des salariés en formation au sein des grandes écoles. Un chiffre qui a légèrement augmenté ces dernières années car "les séniors savent maintenant que leur carrière sera plus longue que prévu", explique Anne Gazengel de l’ESCP Europe.