Chine, Europe, Afrique… les écoles de management s'exportent de plus en plus. Que ce soit par l'implantation d'un campus ou par le biais de partenariat, elles s'installent progressivement tout autour du globe.
L'ambition des écoles françaises ne s'arrêtent pas aux frontières hexagonales. "Nous vivons dans une société mondialisée. Pour être une grande école, il faut penser international", clame Thierry Grange, le directeur du groupe EM Grenoble. Une vision partagée par beaucoup. En trente ans, les business school françaises ont su tisser des réseaux à travers le monde pour élargir leur terrain de chasse.
Déjà en 1973, HEC signait des partenariats avec la New York University et la London School of Economics pour un programme d'échanges : le Partnership in International Management. Très vite, ses camarades lui emboitent le pas. Les écoles développent chacune leurs stratégies export. La plus radicale : l'implantation d'un campus sur place.
Pionnier du genre, l'INSEAD a ouvert un campus singapourien dès 2000 : "Nous avions senti dès la fin des années des 70 la montée en puissance de l'Asie et avons créé un centre de recherche Euro-Asia en 1980. Cette implantation a déclenché une vague d'étudiants locaux, notamment sur notre site historique de Fontainebleau", se souvient Eric Poinsonnet, doyen de l'administration. Fort de ce succès, l'école a d'ailleurs ouvert un autre établissement à Abu Dhabi en 2007.
Très vite, elle est imitée par l'ESSEC qui ouvre également une antenne à Singapour en 2005, puis par l'EM Lyon en 2008 qui choisit Shanghai. L'Asie, avec sa phénoménale croissance économique, apparaît comme "The place to be" pour les écoles de management. " La formation est encore peu développée en Chine. Les sessions sont beaucoup basée sur le cours magistral qui n'est plus adapté au besoin", analyse William Hurst, responsable de l'executive education à l'EM Lyon. Si pour l'instant, les clients restaient essentiellement des grands groupes français ou étrangers implantés sur place, les géants chinois émergents prennent de plus en plus d'importance, dynamisant encore plus le marché.
Du côté de la concurrence, les grandes business school américaines sont très présentes mais la France tire bien son épingle du jeu : "Il est peut-être plus simple de s'installer pour les européens. La France dispose d'une image d'élitisme, de luxe et d'une vieille histoire, ce qui est très important en Chine", affirme William Hurst.
Autre territoire privilégié pour l'implantation de campus, l'Afrique. Bordeaux Ecole de Management (BEM) a choisi de s'installer à Dakar en septembre 2008. "La capitale sénégalaise attire des cadres et des étudiants de toute la région : Côte d'Ivoire, Ghana, Gabon… Ce nouvel établissement va nous servir de "hub" pour atteindre toute l'Afrique de l'Ouest voir centrale. En mars 2011, on lance un Executive MBA sur ce campus et à partir de ce programme, on déploiera des séminaires de formation partout sur le continent", confie Jean-François Verdié, directeur de la formation continue à BEM.
Le Maghreb est l'autre destination phare des ESC avec sa forte communauté francophone et ses liens historiques avec l'hexagone. On compte une dizaine d'institutions présentes sur place dont Euromed Management, l'ESC Rennes ou encore l'EM Grenoble qui vient d'inaugurer avec l'ESCA de Casablanca le Campus Euro-africain de Management (Ceam) avec le soutien de l'Iper (Institut portuaire d'enseignement et de recherche, groupe EM Normandie).
La création d'une entité physique à l'étranger reste une solution couteuse et risquée. Certaines écoles se contentent donc de nouer des partenariats et de monter des programmes conjoints.
Grenoble Ecole de Management dispense ses formations professionnelles sur 10 campus dans le monde. Elle loue des salles de classes aux universités locales par le biais d'accords de coopération. Certaines profitent ainsi du label de l'école française pour accroître la notoriété de leur diplôme. Ainsi, l'université chinoise de Tsinghua dispense un Doctorate of Business Administration (DBA) sous son nom propre mais assorti de la mention "EM Grenoble Inside".
Mais encore une fois, cela a un coût : "La capacité de déploiement d'une école dépend du nombre de professeurs. Si on veut garder les accréditations, il faut que ce soit nos enseignants qui aillent sur place", explique le directeur de l'école grenobloise.
Selon lui, il y a trois conditions pour s'implanter dans un pays : un fort développement économique, une offre de formation insuffisante et enfin, la présence d'entreprises françaises demandeuses. En effet, ce sont souvent les grands groupes français implantés à l'étranger qui vont exprimer leurs besoins en formation aux écoles telles Carrefour en Chine avec EM Grenoble ou Axa au Sénégal avec BEM.