L'Association Jeunesse et Entreprises (AJE) célèbre son 25e anniversaire lors d'un colloque national, le 13 octobre, à Paris.
L'occasion de revenir avec son président et fondateur, Yvon Gattaz, sur le "triple objectif permanent" de cette organisation : l'information, la formation et l'insertion des jeunes.
Je suis un optimiste pathologique. Mais il faut reconnaître que la situation a énormément bougé. Je suis fils, petit-fils et père d'enseignant, et j'ai choisi le chemin de la création d'entreprise. J'ai une affection très grande pour ces deux milieux qui, lorsque j'ai créé cette association, il y a 25 ans, s'ignoraient complètement.
Bien sûr, il y a encore beaucoup de jeunes au chômage, et il est nécessaire que cela diminue. Néanmoins, il me semble que nous avons amorcé une tendance qui paraît aujourd'hui irréversible. L'isolement entre les deux mondes et l'indifférence ont aujourd'hui disparu des deux côtés.
Il n'y a pas besoin de changements majeurs. Mais beaucoup de choses peuvent encore être améliorées. C'est ce que révèle d'ailleurs notre dernière enquête, dont le détail sera révélé à l'occasion de notre colloque anniversaire.
Nous avons demandé à des jeunes au chômage de pointer ce qui, selon eux, ne fonctionnait pas. Ceux-ci ont, par exemple, évoqué les professeurs qui ne sont pas assez renseignés sur les filières et les métiers de demain, l'orientation professionnelle insuffisante dans les établissements et l'accompagnement trop tardif des jeunes par Pôle emploi.
Tout le monde reconnait aujourd'hui l'efficacité de l'alternance. Les résultats sont incontestés et incontestables : 80 % des jeunes passés par ce dispositif trouvent un emploi. Nous devons bien sûr nous approcher du modèle de l'Allemagne, mais cela est difficile. A la fin du XIXe siècle, les entreprises germaniques ont passé un accord avec le gouvernement par lequel elles acceptaient de prendre en charge la formation des jeunes.
En France, nous avons un peu été handicapés par la loi Astier. En créant la taxe d'apprentissage, elle a déresponsabilisé les entreprises de leur rôle dans la formation des jeunes. Pourtant, nous ne cessons de répéter que c'est un investissement pour l'entreprise. Un investissement à long terme, immatériel et à forte variabilité. Il faudra donc beaucoup de temps pour changer les mentalités.
Je ne suis pas d'accord. Les visions réciproques et symétriques ont changé de manière importante. Nos différentes enquêtes montrent que, contrairement à ce qui se dit, les jeunes sont très attirés par les entreprises et souhaitent y faire carrière. Elles sont, pour eux, un pôle d'attraction et restent une structure de convivialité qui a résisté, alors que d'autres, comme la famille ou la religion, se sont fragilisées.
Les entreprises, de leur côté, ne se méfient plus des jeunes. Elles sont de plus en plus nombreuses à avoir compris le potentiel de cette génération très à l'aise avec l'informatique ou les nouveaux réseaux. C'est l'intérêt des entreprises d'utiliser au mieux toutes les ressources qui sont à leur disposition : le talent de la gestion, c'est la gestion des talents.
Propos recueillis par Raphaëlle Pienne, Orientations
A lire : "L'entreprise et les jeunes. Avec 30 témoignages de personnalités", Yvon Gattaz, (François Bourin Editeur)
Pour célébrer le 25e anniversaire de l’Association Jeunesse et Entreprises, Yvon Gattaz a lancé l’idée d’un livre collectif. Trente personnalités, membres d'AJE, jeunes diplômés ou figures des mondes de l'enseignement et de l'entreprise, livrent des témoignages concrets de leur engagement dans l'information, la formation et l'insertion professionnelle des jeunes.
Bruno Lafont, PDG du groupe Lafarge, intervient par exemple sur le thème "Donner aux jeunes la place qui leur revient", Daniel Dreux, vice-président Ressources Humaines de Disneyland Paris sur celui du "Recrutement international des jeunes", tandis que Laurence Breton-Kueny, DRH du Groupe Afnor, fait le lien entre investissement pour les jeunes et responsabilité sociétale des entreprises.