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L'apprentissage : un levier pour la diversité sociale ?

Depuis quelques années, l'apprentissage a le vent en poupe. Son image a commencé à changer en même temps qu'il gagnait les sphères de l'enseignement supérieur.

"L'apprentissage dans l'enseignement supérieur connaît une croissance continue depuis une quinzaine d'années", note le rapport des ateliers de l'apprentissage et de l'alternance. En 2008-2009 l’apprentissage dans l’enseignement supérieur représentait un effectif de près de 100 000 étudiants, soit 20 % des apprentis et 5 % de l’ensemble des étudiants.

Des arguments pour l'apprentissage

Les universités comme les grandes écoles se sont engagées avec enthousiasme sur la voie de l'apprentissage. Cet engouement peut s'expliquer notamment par les apports attendus de ce dispositif en matière de mixité sociale.

L'apparition de formations en apprentissage dans le supérieur a en effet donné l'espoir de voir des jeunes titulaires d'un CAP ou d'un bac pro poursuivre vers les filières les plus élevées. Ces parcours ont même été rendus théoriquement possible par la possibilité de signer jusqu'à trois contrats d'apprentissage successifs.

De plus, la formule apporte des revenus conséquents aux jeunes les plus défavorisés, leur permettant de financer de longues études.

... mis à mal par la réalité des chiffres

Ces arguments en faveur de l'apprentissage, communément acceptés, sont pourtant mis à mal par un rapport du Céreq, publié en décembre 2010, intitulé "Les formations en apprentissage : un outil au service d'une démocratisation de l'enseignement supérieur ?".

L'étude, qui s'appuie sur l'enquête "Génération 2004", renverse d'abord l'idée de l'apprentissage comme levier vers des études "Du CAP au bac +5". "Les apprentis du 'haut' n'ont jamais été les apprentis du 'bas'", constate l'auteur, "seuls 12 % des apprentis du supérieur sont issus d'une formation en apprentissage".

Si les élèves issus de formations professionnelles de niveaux V et IV (CAP, BP, bac pro) ne poursuivent pas leurs études dans le supérieur, c'est qu'ils se heurtent à un véritable "plafond de verre". En cause notamment, une compartimentation des formations professionnelles en amont et en aval du bac pro, les formations dites manuelles ou de production ne trouvant que rarement leur poursuite dans le supérieur.

"Non seulement, les apprentis titulaires d'un bac pro sont bien souvent confrontés à une absence de filière complète de formation, mais rares sont ceux à pouvoir intégrer une formation du supérieur (STS, DUT) leur permettant de poursuivre leur cursus de formation par apprentissage", complète le rapport.

Des inégalités renforcées par l'apprentissage

Autre constat du rapport du Céreq : l'apprentissage agirait à l'inverse de la mission qui lui est assignée, en accentuant les inégalités dans l'enseignement supérieur.

Il renforce d'abord le manque de mixité de certaines formations : "l'apprentissage renforce les effets opérés par la division sexuelle du travail au sein de l'enseignement supérieur : encore moins de femmes dans les spécialités masculines, encore moins d'hommes dans les spécialités féminines", déplore l'auteur.

La formule ne bénéficierait en outre que très peu aux enfants d'étrangers. Le rapport, qui se penche sur la situation des jeunes issus de l'immigration maghrébine, constate qu'ils sont "les grands absents du dispositif". Ces jeunes, qui dans le supérieur s'orientent en majorité vers des filières générales et tertiaires, restent proportionnellement très minoritaires dans les cursus en apprentissage, une situation encore accentuée par l'élévation du niveau de formation.

Ce creusement des inégalités serait à imputer à la concurrence à laquelle se livrent les CFA sur le marché de la formation. Confrontés à la nécessité de placer leurs candidats, ceux-ci répercuteraient les exigences des entreprises lors de la sélection des étudiants.

"Ce sont bien les entreprises qui sélectionnent et hiérarchisent les candidats non sur des critères universitaires mais à partir d'une certaine manière d'être, d'un savoir-être", explique le rapport, "la focalisation sur les dites qualités ouvre la porte aux représentations et pratiques discriminatoires qui frappent en premier lieu les jeunes filles ainsi que les jeunes issus de l'immigration".

Une réussite corrélée à une volonté politique

La déconvenue est plutôt amère. Si l'apprentissage semble avoir réussi dans sa mission de professionnalisation des études supérieures, il aurait échoué à les rendre plus démocratiques. Il faut néanmoins se garder d'un trop grand pessimisme. S'il n'est pas le "remède miracle" permettant de gommer les inégalités, certains exemples permettent d'identifier des situations où l'apprentissage, associé à une volonté politique, est un levier de diversité.

A l'intérieur même de l'enseignement supérieur, l'apprentissage fait ses preuves en matière d'ouverture sociale des grandes écoles. En 2009, 35 % des apprentis en écoles d'ingénieurs étaient issus des instituts universitaires technologiques (IUT). Ce chiffre doit néanmoins être considéré à l'aune des autres dispositifs mis en place par les grandes écoles pour diversifier leurs effectifs (admissions parallèles, actions de sensibilisation,...).

Pour les filières courtes de l'enseignement supérieur, il est à noter que le plan de rénovation des filières STS (sections de techniciens supérieurs) proposé par Valérie Pécresse accorde une grande place à l'apprentissage. La ministre a souhaité développer fortement l’alternance, "en portant à 30 % le taux de diplômés de BTS en alternance, contre 15 % aujourd’hui".

La réussite de ce dispositif en matière de démocratisation de l'enseignement supérieur sera cependant soumise à la condition que les bacheliers technologiques et, surtout, professionnels aient accès à ces filières STS et y réussissent. Selon une note du ministère, 19 % des nouveaux bacheliers inscrits en STS en 2009 avaient obtenu un bac professionnel (contre 8 % en 1999), et 84 % d'entre eux passaient avec succès en deuxième année.

Ces bacheliers professionnels sont néanmoins plus nombreux à quitter la filière STS ou à se réorienter. En 2009, si 80,8 % des bacheliers généraux avaient obtenus leur BTS et 69,6 % des bacheliers technologiques, le résultat tombait à 49,4 % pour les bacheliers professionnels. L'avenir dira si davantage d'apprentissage en BTS permettra de changer ces chiffres.

Entreprise et apprentissage : pour une volonté d'ouverture

Le marché du travail produit ses propres mécanismes de sélection et d'exclusion, qui se retrouvent dans le marché de la formation. Cette réalité, éclairée par l'étude du Céreq, n'est guère étonnante. L'apprentissage trouve néanmoins un rôle à jouer lorsque, à l'inverse, les entreprises s'engagent dans une démarche de diversité sociale.

Au sein des entreprises, les services de ressources humaines notamment, sont depuis quelques années très sensibilisés à cette démarche. Celle-ci s'inscrit dans une dynamique d'engagement croissant des entreprises dans des politiques de développement durable et de RSE. Cependant, l'enjeu est davantage désormais de sensibiliser la population des managers à ces problématiques, et notamment celle de la diversité.

L'apprentissage est dans ce contexte de plus en plus sollicité comme un dispositif permettant de lutter contre les stéréotypes liés à l'origine, au handicap ou au diplôme. Il est alors utilisé comme un tremplin pour l'insertion professionnelle de ces populations souffrant de discrimination à l'emploi.

C'est donc bien comme un levier pour la diversité que les associations s'engagent en faveur de l'apprentissage, à l'instar de l'ADAPT qui en a fait une de ses quatre "priorités handicap 2011", ou du réseau IMS-entreprendre pour la cité.

Interview : Sonia Hamoudi – Responsable du programme Emploi et Diversité du réseau IMS-Entreprendre pour la Cité*

Quelles sont les actions menées par IMS-Entreprendre pour la Cité en faveur de l'alternance ?

L'alternance est au cœur des Forums Emploi et Diversité que nous organisons deux fois par an. Le premier a lieu au mois d'avril pour proposer des offres de stage, alternance et jobs d'été, en lien avec les besoins des entreprises à cette période de l'année. Le second a lieu durant le second semestre et propose des offres d'emploi et aussi d'alternance.

Ces rendez-vous s'adressent à des jeunes de niveau bac +2 à bac +5, issus de la diversité ou de quartiers sensibles, qui rencontrent souvent de grandes difficultés à décrocher un entretien. On sait qu'un patronyme à consonance étrangère ou la mention de certains lieux d'habitation sur un CV donnent aux candidats 3 à 4 fois moins de chance au candidat d'obtenir un entretien. Cela vaut aussi bien pour un stage, un emploi qu'un contrat en alternance.

Pourquoi promouvoir l'alternance ?

L'alternance est un formidable moyen pour acquérir des compétences qui n'ont pas forcément apportées par la formation initiale, notamment pour connaître son futur métier. Elle va également permettre la construction d'un réseau. Ce dernier point est particulièrement important, car la plupart des jeunes que nous accompagnons sont issus de formations universitaires, qui ne contribuent pas autant à la construction de ces réseaux que les cursus grandes écoles.

Enfin, alors que depuis 5 ans la population RH est fortement sensibilisée à la question de la diversité, les managers le sont moins. L'alternance peut ainsi être utilisée comme un moyen pour faire tomber les stéréotypes.

Diriez-vous que les universités ne proposent pas assez de formations en alternance et/ou que les jeunes que vous accompagnez ne connaissent pas suffisamment ce dispositif de formation ?

Non, ce constat était valable il y a 5 ou 7 ans. Mais aujourd'hui les universités proposent des formations en alternance, y compris pour des niveaux Master 1 ou 2 de plus en plus recherchés par les recruteurs. Depuis trois ans nous recevons en outre beaucoup d'appels téléphoniques de jeunes qui nous contactent pour trouver un contrat en alternance. Ils connaissent bien ce dispositif et sont de plus en plus demandeurs.

Nous travaillons avec les services emplois des universités pour présenter leurs candidats aux entreprises du CAC 40 qui font partie du réseau IMS-Entreprendre pour la Cité, et qui ont souvent des habitudes de travail avec les grandes écoles. Nous essayons de faire la connexion entre les deux, de permettre aux entreprises de s'ouvrir davantage aux formations universitaires. Parce que nous sommes convaincus qu'elles y trouveront les talents de demain.

* L'association IMS-Entreprendre pour la Cité fédère un réseau de 200 entreprises, qu'elle accompagne dans la conception et la mise en place d'initiatives en faveur d'une plus grande équité sociale

Le GREPVendredi 08 Juillet 2011
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