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Les cadres se prennent aux jeux

Formation continue - Mis en ligne le 25-10-2011

Pour former leurs salariés, les entreprises n'hésitent plus à faire appel aux "serious games", des jeux vidéo qui permettent de se former et d'apprendre… sans en avoir l'impression.

Vincent, conseiller mutualiste, présente plusieurs produits d'assurance à un client. Tout d'un coup, ce dernier s'énerve et accuse Vincent de ne pas comprendre ses besoins. Le conseiller va alors devoir s'efforcer de regagner sa confiance. Un exercice périlleux mais… virtuel ! Vincent est en effet chez lui, sur son canapé, avec son seul ordinateur en face de lui, où apparaissent deux avatars en 3D. Il simule ainsi un entretien de vente, en vue de travailler son écoute, son empathie et ses arguments.

Gestion d'une équipe au quotidien, simulation d'entretiens, de développement produit, de négociations commerciales… les jeux vidéo font feu de toutes formations, et de plus en plus d'entreprises les utilisent pour sensibiliser et former leurs salariés, notamment leurs cadres. "Ce type de formation est très intéressant, notamment concernant l'apprentissage de compétences et au niveau comportemental, car elles font souvent appel à un canal d'apprentissage émotionnel", analyse Hélène Michel, directrice académique de la recherche du Groupe ESC Chambéry-Savoie.

Du CAC 40 à la PME

Une fois n'est pas coutume, ce sont les entreprises du CAC 40 qui se sont prises au jeu des serious games les premières. Plus de la moitié ont désormais enrichi leur panoplie d'outils de formation par leur propre jeu vidéo, qui aborde aussi bien des problématiques commerciales, marketing, de ressources humaines…

Les autres entreprises - petites, moyennes ou grandes - se lancent progressivement mais sûrement. Car, contrairement aux jeux vidéo les plus connus, un serious game nécessite un investissement important mais pas insurmontable.

Une PME peut en effet créer son propre jeu personnalisé avec un budget compris entre 20 000 et 30 000 euros. Ugitech, société spécialisée dans la fabrication de produits en acier, vient ainsi de mettre au point un serious game dédié à la formation de ses forces commerciales. Le jeu, intitulé "Une formation inoxydable", a coûté 60 000 euros et met en scène l'apprenant en tant que responsable de production, confronté à diverses situations problématiques.

Appréciés des salariés comme des sociétés

Les entreprises adhèrent au serious game pour une raison claire : les salariés adorent cette approche. L'aspect ludique y est bien entendu pour beaucoup. "Je me suis immédiatement pris au jeu", confie ainsi David Kauffer, conseiller financier, qui était pourtant très sceptique au départ. "C'est ultra réaliste, on s'y croirait presque. J'aurai bien refait une partie même !" Au-delà de cet aspect, les serious games offrent un grand champ de possibilités, ce qui permet d'explorer une multitude de situations - parfois inédites -, et d'expérimenter des comportements auxquels la société n'aurait pas forcément pensé.

Les entreprises sont aussi gagnantes à ce petit jeu. Les serious games sont en effet souvent moins coûteux et bien plus rentables que d'autres formations. Les DRH plébiscitent notamment la possibilité de recommencer la partie, pour améliorer ses performances et ses résultats. Sans oublier la possibilité, pour les salariés, de se connecter à distance et à tout moment sur leur compte.

Les limites du jeu

Le bon développement des serious games ne doit pas, pour autant cacher certains inconvénients. Cette technique de formation ne convient pas, par exemple, à toutes les situations. Si le jeu vidéo est pour le moins adapté pour travailler le savoir-faire et le savoir-être, il est quasiment inutile pour certains métiers, comme les professions manuelles.

De même, il ne remplacera jamais un formateur pétri d'expériences professionnelles. "Le débriefing avec un tuteur est un point essentiel pour que l'apprenant puisse réellement comprendre l'apport de la simulation", affirme Hélène Michel.

5 sociétés, 5 idées de serious games

Les sociétés raffolent de serious games au point de créer, de plus en plus souvent, leur propre jeu. Axa a été l'un des pionniers, en vue d'accroître l'efficacité de la formation de ses cadres, d'une part à l'entretien d'évaluation, d'autre part aux techniques de vente.

L'Oréal a également bien joué le jeu. Le groupe de cosmétique a ainsi développé un jeu de stratégie, E-strat, qui consiste à manager virtuellement une division de l'entreprise. De son côté, Renault a choisi de former ses vendeurs sur un serious game nommé "Renault Academy", tandis que la RATP entraîne ses conducteurs de bus sur "Bus Training Game". Enfin, dans une toute autre catégorie, le groupe hôtelier Mariott International a créé un jeu permettant aux futurs propriétaires d'hôtels à gérer leur bien…

L'advergame de l'APEC

L'APEC a développé un advergame, "L'heure des bilans" consacré aux différents types de bilan et la gestion de carrière qu'elle offre aux entreprises et aux particuliers. Ce jeu se présente sous la forme de vidéo et s'adresse, d'une part, aux cadres afin de mieux connaître ce que l'APEC propose et de les inciter à dépasser les barrières qui les retiennent, et d'autre part, aux DRH afin de les aider à trouver le bilan le mieux adapté.

Le chiffre : 33, soit l'âge moyen des salariés jouant aux serious games en France. Une moyenne qui a tendance à vieillir petit à petit…

Julien Pompey, Le GREP

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